Le Mystère de la Passion de l'Ere du Verseau

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La Prière

 

La nature de la prière


A travers tous les âges, l’humanité a reconnu dépendre de Quelque Chose qui existait depuis toujours bien au-delà d’elle-même ; cette reconnaissance a trouvé son expression dans la Prière.

Même ceux qui répudient avec véhémence le besoin de prier se tournent immanquablement, intentionnellement ou non, lorsqu’ils sont confrontés à une lourde défaite, au désespoir et à une grande perte, vers le Grand Inconnu pour y trouver aide et consolation.

Le fait que si souvent la prière a été et est encore fréquemment mal utilisée ne justifie pas de dénoncer sa validité. Ceux qui considèrent son utilisation comme un signe de faiblesse humaine se leurrent parce que non seulement les saints mais aussi les plus grands sages, génies et héros de tous les temps ont reconnu sa valeur.

Dans la mesure où la prière est un moyen direct de permettre à des êtres finis d’entrer en résonance avec l’Etre Infini, dans Lequel est leur seule réelle Force, Vie et Santé, on ne peut jamais complètement s’en passer. Ceux qui ne peuvent pas croire en l’efficacité de la prière se privent, qu’ils en aient l’intention ou pas, de recevoir ce qui est normalement donné à tous les êtres humains.

La prière est l’élan délibéré de toute la nature de se tourner vers sa Source Céleste. C’est l’application de l’esprit, du cœur et de la volonté aux Forces d’en Haut, et en définitive à l’UN Parfait et Unique Lui-même.

Prier ne signifie pas simplement s’agenouiller à certaines heures et réciter des paroles prescrites, qui après répétition constante peuvent devenir des formalités vides de sens ; ce n’est pas non plus simplement une requête ou sollicitation détaillée. C’est plutôt la volonté spontanée de l’Ame de se tourner vers sa Source Divine, l’expression articulée d’une aspiration ineffable et un désir intense, jaillissant du plus profond de la nature humaine.

La prière est l’humble et aimante soumission de l’homme à son Créateur. Elle comprend réceptivité intérieure, supplication et sentiment de remords ; aspiration, intercession et communion ; gratitude, adoration et offrande.

 

Le mauvais usage de la prière


Il y a trois tendances fondamentales dans la nature humaine qui correspondent aux trois appétits majeurs dans toutes les créatures de la Nature ; ce sont l’affirmation de soi, l’instinct de conservation et l’expression de soi. Dans la mesure où ces tendances sont subordonnées à la perpétuation de l’existence naturelle de l’homme, elles sont tout à fait normales et adéquates, mais lorsqu’on les laisse devenir des facteurs prédominants dans sa vie, elles ont tendance à devenir excessives.

Puisqu’elles sont parfaitement naturelles et qu’elles fonctionnent, que l’homme fasse consciemment attention à elles ou pas, elles ne sont pas, en soi, les vrais objets de la prière ; au contraire, quand elles sont mal dirigées, elles sont les causes du mauvais usage de la prière.

Les prières qui jaillissent de ou sont caractérisées par une affirmation de soi excessive, ne sont pas des prières dans le vrai sens spirituel du terme, ce sont plutôt des instructions ou commandements, même si cette assertion de soi est bien voilée ou cachée par les paroles utilisées pour la prière. Toutes les « affirmations » faites sous forme d’une prière au nom d’intérêts personnels sont outrancières et révèlent un désir égoïste pour obtenir quelque chose sans rien donner en échange.

Il y a de nombreuses pratiques basées sur ce principe de l’affirmation, par lesquelles l’homme s’arroge les prérogatives de la Divinité et présume qu’en simplement affirmant une chose, il est ainsi en droit de la posséder. Le fait évident que ces pratiques produisent des effets est exploité, et de nombreux moyens et procédés sont utilisés pour la satisfaction de désirs et intérêts personnels, et pour l’acquisition de pouvoir, de richesse et autres bienfaits et avantages purement terrestres.

Mais il va de soi que la loi de la Justice ne peut être de cette manière violée à la légère impunément. Celui, qui par ignorance, pour des motifs impurs ou d’autres raisons, fait un mauvais usage de la prière pour ces buts doit inévitablement découvrir que tout ce qu’il a gagné ainsi n’est pas un gain réel et durable, et qu’en le recevant, il a en même temps, ou en conséquence, abandonné ou renoncé à quelque chose de valeur plus élevée et plus intrinsèque.

L’instinct de conservation est en soi un instinct naturel qui est parfaitement en ordre, mais il est l’opposé de l’impulsion spirituelle du don de soi ; ainsi dans la mesure où la vie de l’homme est gouvernée seulement par les instincts naturels, il vit une existence naturelle et physique plutôt qu’une vie spirituelle et mystique, accordant plus d’attention à sa préservation corporelle et son salut personnel qu’au bien-être d’autrui et aux conséquences et effets de ses propres actions sur eux.

Quand la prière est entièrement déterminée par l’instinct de conservation, elle cesse d’être une vraie prière et a tendance à devenir une forme de mendicité, de négociation, d’imprécation, de remontrance ou même de corruption. Si la prière est utilisée comme un moyen d’obtenir une fin privée, sans tenir compte de son influence sur autrui, elle est avilissante, immorale, et même malhonnête. De même, la prière est aussi abondamment mal utilisée quand on s’en sert pour s’assurer des faveurs pour soi-même ou pour souhaiter le malheur à ses ennemis. La vraie prière ne requiert pas non plus un abandon de soi empreint de mollesse à la soi-disant direction personnelle d’un guide invisible, elle ne nécessite pas non plus une lutte impétueuse avec les Forces d’en Haut pour les impressionner sur l’urgence de nos besoins individuels et particuliers.

D’autre part, quand la prière est imprégnée principalement par l’instinct ou l’impulsion de l’expression de soi, sciemment ou non, il s’y glisse une qualité subtile qui implique que l’on a déjà, provisoirement, décidé ce qui est nécessaire ou comment une chose doit se faire, ou ce qui est mieux, ou ce que l’on aimerait faire ; la prière n’est alors qu’un subterfuge pour obtenir un consentement et échapper à la responsabilité. De même, la prière est mal utilisée quand elle est employée pour satisfaire un désir exagéré de se mêler des affaires privées d’autres personnes, ou pour imposer excessivement sa volonté sur elles, pour quelque but que ce soit.

 

Les objets de la prière


Du point de vue de celui qui implore ou qui prie, on peut définir les objets de la prière comme suit :

1)     déterminer le vrai but de son existence.

2)     s’ouvrir pour recevoir une aide céleste pour enlever les obstacles à la réalisation de son but.

3)     s’ouvrir à la réception de tous les moyens supplémentaires nécessaires pour entreprendre systématiquement la réalisation de son but.

4)     s’ouvrir pour recevoir lumière intérieure et conseils pour la correcte utilisation de tous les moyens pour le grand but en vue.

5)     s’ouvrir à la Force, Vie et Santé Célestes grâce à laquelle son travail, de même que son être, puisse être rendu parfait et réellement efficace.

6)     offrir la somme totale de son travail au Grand UN pour Son acceptation et Sa consommation.

Et

7)     s’offrir, et offrir tout ce que l’on est, a ou espère être, au Seigneur Suprême de tous en un abandon entier, joyeux et aimant.

Dans l’accomplissement de ces objets, la prière va spontanément et naturellement prendre des formes définies, telles que :

1)     l’imploration, requête ou question, l’ouverture de soi non seulement pour recevoir une réponse à telle ou telle prière, mais l’effort de donner une expression articulée à sa relation avec la Loi Juste et le But Eternel.

2)     la supplique, la prononciation de la réalisation de notre dépendance complète à Ce Qui est plus grand que soi.

3)     le regret qui vient de la peine et pénitence, et la conscience de ses imperfections ; des prières votives, des résolutions et vœux pour surmonter le mal et parvenir au Bien.

4)     l’aspiration, exprimée ou non ; l’intense désir pour la Vie Eternelle, la Grâce et la Liberté.

5)     l’intercession pour la bénédiction de tous, le service à autrui, accompagné et rendu parfait par la prière.

6)     la communion, basée sur le désir aimant de communier avec l’objet de son amour mystique.

7)     les louanges et la gratitude pour toutes les bénédictions et les dons reçus.

8)     l’adoration et la vénération, inspirées par la méditation sur la Majesté et la Dignité du Suprême ; le besoin de s’incliner en adoration devant l’UN Parfait.

9)     l’offrande, l’acte spontané et joyeux de se vider de soi, pour être rempli d’en Haut par la Plénitude de l’Infini, en comparaison de quoi tout le reste n’est rien.

 

Les méthodes de la prière


Les méthodes de la prière employées par chaque individu doivent nécessairement varier, non seulement suivant les motifs, attitudes et tempérament de chacun, mais aussi selon les circonstances du moment, le degré de réalisation spirituelle, et le stade de développement. Par conséquent, aucune méthode ou forme particulière de prière ne peut convenir à tous en toute occasion.

Il y a au moins quatre méthodes distinctes de prière, à savoir, la prière vocale, la prière mentale, la prière du cœur et celle de la volonté, toutes, quoique différentes, pouvant être présentes dans le même acte de prière.

La prière vocale, à elle seule, est l’expression la plus extérieure, de toutes les autres méthodes ; c’est le simple mouvement des lèvres dans la prononciation de la prière en paroles, dont les sons peuvent ou pas être audibles et accompagnés par un effort mental, une aspiration ou une volition. C’est une pratique très bénéfique que de se faire une habitude de réciter une courte prière régulièrement à des moments déterminés, quand les mots d’ordre peuvent aussi être répétés, comme par exemple le matin quand on se lève ou le soir avant de se coucher, et aussi à n’importe quel moment quand le besoin se fait sentir. Mais il faudrait toujours faire attention pour éviter de transformer la prière vocale en de simples paroles répétitives et vides de sens.

La prière mentale, ou prière de pensée, est plus intérieure que la prière vocale, elle est aussi plus rapide et profonde. Elle peut commencer, ou même être accompagnée, par des mots, mais graduellement on laisse tomber les mots qui sont encombrants et lents, et la prière continue sous forme d’une pure pensée. L’intercession offre un bon exercice de prière mentale, telle que la pratique quotidienne de se souvenir de tous ses amis et connaissances, - particulièrement ceux qui ont besoin d’aide. Il n’est pas nécessaire de formuler une pensée particulière à leur égard, mais de simplement laisser notre esprit penser un seul instant à leurs Ames – pas leurs corps- et de passer rapidement au prochain individu que l’on veut évoquer. De cette manière, il est possible en quelques instants de prière d’établir un lien intérieur avec tous nos semblables.

La prière de cœur est très différente de la prière de pensée. C’est une aspiration sans voix, un épanchement et une élévation de toutes les émotions vers l’idéal ou l’objet de la prière. Elle est plus ou moins momentanée, car on peut rarement la maintenir, et en fait ce n’est pas nécessaire.

La prière de volonté, dans sa forme la plus élevée et la plus pure, est même encore plus rapide que la prière de cœur. C’est une volition instantanée qui voit en un éclair pour ainsi dire l’objet de la prière comme un fait accompli, et le laisse sans aucune réflexion supplémentaire, dans l’esprit des paroles : « Que Ta Volonté soit faite, et non la mienne ».

Ceci est un principe, qui devrait caractériser toutes les formes et méthodes de prière : on devrait s’abstenir, autant que possible, de considérer la manière dont la prière sera exaucée, s’abstenant de toutes les tendances de l’esprit à imaginer ou créer des soi-disant images mentales liées à la prière. En faisant cela, on manifeste une conception totalement fausse de la véritable fonction et nature de la prière.

Il est naturel de désirer savoir si, comment et quand nos prières seront exaucées, par conséquent celui qui prie devrait toujours se rappeler : 1) que chaque vraie prière est reçue dès qu’elle a été exprimée par les Multitudes d’Aides Angéliques, Célestes et Divines de l’UN Infini ; 2) que l’intelligence humaine finie ne peut absolument pas savoir quelle est la meilleure manière, le meilleur temps, lieu et circonstances dans lesquelles la prière peut être exaucée ; 3) que les gardiens de l’Energie Providentielle Divine, par laquelle toutes les prières sont exaucées au bon moment, au bon endroit et de la bonne manière, possèdent parfaitement cette connaissance ; et 4) que par conséquent, l’attitude juste que doit cultiver celui qui prie par rapport à toutes les prières, se caractérise par la foi, l’abnégation, le non-attachement, et cependant une parfaite confiance que chaque vraie prière doit infailliblement provoquer un effet qui est bienfaisant et salutaire, dans la mesure où l’esprit fini apprend à s’abstenir d’entraver la prière une fois qu’elle a été prononcée, et de demeurer serein et content dans la réalisation que toute guidance et aide nécessaire seront données librement quand le receveur sera prêt, capable et disposé d’utiliser tout ce qui est accordé au mieux pour la promotion du But divin.

 

Les degrés de la prière


La prière en tant que telle, dans ses formes les plus intérieures, est presque inséparable de la méditation ; aussi, bien que dans ses degrés inférieurs, elle est très différente, dans ses formes supérieures cependant elle devient pratiquement synonyme de méditation, d’où elle passe à l’état de contemplation.

Il y a au moins quatre degrés distincts de prière, qui dans l’Art Mystique sont généralement précédés par une préparation adéquate, à savoir, la prière de simplicité, la prière de silence, la prière de recueillement, et la prière d’union.

1)     préparation : ceci consiste en lecture d’œuvres sacrées ou méditation préliminaire ; la préparation de l’esprit, du cœur et de la volonté pour les dévotions ; l’effort de chasser toutes les distractions, attitudes et états de conscience indésirables ; c’est la brève pause, si l’on peut dire, avant d’entrer dans le temple intérieur.

2)     La prière de simplicité est le stade vocal ou mental, prescrit ou spontané, audible ou non, qui conduit de l’extérieur vers l’intérieur, de l’inférieur au supérieur, du personnel à l’impersonnel ou supra-personnel. La vaste majorité des prières ne dépassent pas ce stade.

3)     La prière de recueillement, qui est plus rare que la prière de simplicité, la suit quelquefois sans que le mystique ne soit conscient d’un changement. C’est comme le subtil parfum de la prière et de l’aspiration qui est insufflé, une fois que tous les désirs et pensées de nature personnelle sont calmés, et que l’Ame repose en son centre intérieur occupée en un dialogue mystique ou une conversation intérieure.

4)     La prière de silence ne peut être obtenue à volonté, mais lorsque la conscience est devenue équilibrée, pour ainsi dire, une tranquillité ineffable suit quelquefois la prière de recueillement, et le mystique sans effort personnel, entre silencieusement dans la prière de silence. Elle est fervente et intérieure, et quoique l’esprit est actif, il se rend à peine compte qu’il est actif, mais repose sereinement dans un état de paix intérieure et de doux abandon.

5)     La prière d’union est au-delà de toutes pensées et activités finies de conscience ; elle cesse d’être Prière en tant que telle et devient Contemplation dont il y a beaucoup de degrés jusqu’à parvenir à l’extase la plus élevée et au ravissement.

 

L’art mystique de la prière


La prière est un art dans le sens le plus élevé et le plus vrai de ce terme. Comme tout autre talent ou art, il ne peut s’acquérir à un degré parfait que par un exercice ordonné, régulier et systématique. En tant qu’Art Mystique il ne peut pas être gagné par des efforts ardents et impétueux ni par une passivité molle et léthargique.

Ceux qui n’ont pas appris le véritable art et pouvoir sacré de la prière n’ont pas ouvert le trésor intérieur dont elle est la clé.

Une inspiration céleste et une participation mystique sont les trésors ou fruits inépuisables de l’art sacré de la prière.

L’art sacré est un talent qui est dirigé vers des buts hiératiques et idéaux, de même que toutes les œuvres qui tendent à élever la conscience humaine et à diriger les facultés de l’homme à des fins saintes.

Puisque l’Ame humaine ne se connaît que lorsqu’elle est élevée à des natures supérieures à elle, il s’en suit que pour la perfection de son art l’Ame dépend de l’inspiration qu’elle reçoit d’en Haut. Mais afin d’être inspirée l’Ame doit adopter une attitude réceptive, de sorte qu’elle facilite l’influx d’énergies célestes.

La prière est un moyen d’établir cette relation réceptive entre l’Ame et les Natures qui sont au-dessus d’elles.

Par conséquent la Prière est un élément indispensable dans tout art sacré et mystique, et elle est par elle-même l’art le plus important de même que le plus sacré de tous de l’Ame humaine.

 

Les effets de la prière


Il y a trois effets principaux de la prière. Ils peuvent être de l’ordre de la purgation, de l’illumination ou de l’union.

Puisque le besoin initial de la prière est le résultat de la réalisation de nos imperfections, les premiers effets ou « réponses » de la prière sont de nature purgative. Ceci provoque fréquemment le découragement et peut même être une cause d’alarme, quand l’Aspirant découvre qu’apparemment le seul résultat de ses prières est une plus grande incapacité de suivre le Chemin, car tous ses défauts intrinsèques et faiblesses humaines sont attisés.

Mais il devrait se réjouir plutôt que de se lamenter, parce que la présence de ces difficultés est, en elle-même, une preuve que sa prière a été « entendue » et que l’UN Infini a répondu, pour ainsi dire, à ses aspirations.

Chaque difficulté surmontée est transformée, par la prière et la dévotion, en un pouvoir de l’Ame.

L’effet de nature illuminatrice de la prière est l’ouverture progressive de la conscience à la Lumière de la Vérité. Il ne vient pas uniquement par la prière, mais doit être allié à l’étude et l’entraînement de l’esprit. La prière sans les œuvres est sans grand résultat. Mais la prière associée avec tous les efforts pour acquérir la connaissance et la sagesse conduit à l’illumination et la réalisation spirituelle et le pouvoir de découvrir la réponse à chaque question et la solution de chaque problème.

L’effet unitaire de la prière est la réalisation consciente croissante de la Présence de l’UN Immanent, non seulement dans l’Ame, mais dans le Cosmos et dans les profondeurs de chacun de nos semblables.


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Dernière mise à jour lundi 13 novembre 2006